Miami-Sur-Marne

Oh bien sur
On repartait souvent
Avec un G.I Joe
Un Cosmix
Ou un Musclor

Mais la vraie récompense
Au sortir du Mammouth
C'était les USA
A Miami-Sur-Marne
Les palmiers étaient roses
Et offraient un brin d'ombre
Au Sprite
À discretion

Les oeufs durs
C'était en supplément
Mais nul n'ignorait
La technique secrète
Des ninjas taboulé

Et ivres de nuggets
Les synapses en guerre froide
On chargeait la Lada
Dont les sièges en skaï
Nous faisaient cuire le cul

Rassasiés de Floride
On chantait Heal the world
En playback
Sur la cassette deux-titres
Tout juste déflorée

A Miami-Sur-Marne
Au retour de vacances
C'était pas la rentrée
C'était encore le temps
De vivre à volonté

C'était les USA
D'Adam et Skeletor
Du all you can eat
Et du Coca-Cola

Le bonbon

L'amour de l'autre
Inconditionnel
Fout le camp aussi vite
Que se gâte l'estomac
Et poignent les caries

Mon taux de glucose
A crevé le plafond
Un vingt-et-un Juillet
Marcadet-Poissonniers
Sortie côté Barbès

Quelle forme aurait-il
Pour toi?
Quelle couleur
Et quel goût?

La drôle de couleuvre
Un peu chiante à mâcher
Au corps
Tout gelatine
Avec le bidon blanc?

Ou l'hostie mentholée
Evanescente en bouche
Diabétisant les âmes
Sans fouler les papilles
Ni fréquenter le sang?

L'édulcorant sécable
Pour sucrer la verveine
Servie sur un plateau
Par le catéchumène
À sa petite Maman?

Mon taux de glucose
A crevé le plafond
Un vingt-et-un Juillet
Quand un homme a scandé
Improvisant la messe

Il y en a qui disent
Dieu est dans mon ventre

Mais c'est parce qu'ils ont fait
De Dieu
Un bonbon

BTP

C'est pas le tout
De reboucher les trous
On t'a pas expliqué?
Mais qu'est ce que t'as appris?

Si tu laisses pas sêcher
L'enduit
Que tu te plaques aux plaies
Ça finit par suinter

Les émotions en crue
Tu barbouilles là dessus
Une peinture hydrofuge
Turquoise Acapulco

Fatalement, ça cloque
Ça noircit
Champignonne
Sous cloche et bien au chaud

Voilà, tiens, c'est malin
Va falloir tout gratter
Puis tout refoutre à l'air
Puis laisser cimenter

Allez va, c'est pas sur
Vu l'air de ta masure
Qu'on fasse jamais de toi
Le roi du BTP

Mémé

J'ai jamais vu de temple 
Et rarement vu de bois
Cité des Bois du Temple
Ça s'appelait pourtant
Comme ça
Chez Mémé

Mémé
Habitait au treizième
Mais l'ascenceur
N'allait que jusqu'à douze
Quand l'ascenceur marchait
L'ascenceur marchait peu

La voisine de Mémé
Apportait des gâteaux
Après le ramadan
Elle avait
Du miel dans les yeux
Et des gosses en prison

Mémé
Faisait le couscous
Comme personne
Tous les premiers de l'an
Entre les oeufs en gelée
Et la crême caramel

À l'école Mémé
Couvrait les livres à la bibli
Et coupait du crépon
Les instit' pour noël
Lui offraient une bise
Et du pâté de foie

Mémé
Buvait du Guignolet
Qui ressemble au sirop
Mais plus fort
Et sans eau
Et ça la faisait rire

Mémé s'est mise
À porter le béret
Tant dehors que dedans
Un jour de Novembre
Mais la saison au fond
N'avait pas d'importance

Mémé
A eu plein de cancers
Mais jamais
Comme Pépé
De médailles
À la guerre

Baudruche

Lendemain des exils
Les geôles d’enfants
Se font piaules
Aux sobriquets charmants

Et suivant l’armistice
Vient naître le besoin
D’y retourner creuser
Rien qu’un bout de sillon

Avec brin de fierté
Avec force émotion
C’est peut-être cela
Qu’au fond
Nous appellons les racines

Sitôt passée l’ivresse
Des snoberies jouvencines
On retourne à la fange

SA fange
Qui goûte
La honte et la verveine
Et Maman
Et Musclor
Et papa
Et les steaks hachés-pâtes
Et le Freeway Cola

Non, libre
On ne l’est pas
Tu flingueras tes baskets
Modèle Tortue Ninja
Mais un bout restera
Qui attendra de voir
Le reste de ton corps
Regagner la A3

Les envols sont grisants
Mais se font
Chaque fois
Avec un fil au cul
Couleur de temps d’avant

On se rêve faucons
Mais nostalgie + vent
Font simplement de nous
Des Mickey de baudruche
Grotesques et bringuebalants

Main-Event

J'ai mon âme 
Et mes bottes
Et mon slip
Et mon masque
Et le coeur
À la ceinture

Au programme du soir
Atémi
Powerbomb
Et faux-semblant
Entre trois cordes d'un monde
Qui se rit de la vie

Je ne crains
Ni la soumission
Ni les descentes du coude
Je saigne
Des paillettes

De la lutte, en veux-tu
Tenir tête aux alphas
Survivre aux commotions
Mieux qu'aux injustices
Au verbe sarcastique
De speakers Québécois

Qu'importe que l'on soit
Guignol ou Arlequin
L'important étant d'être
Au retentir du gong
Côté pile
Du gourdin

Je ne crains
Les fourchettes dans les yeux
Ni les grappins des îles
J'ai le corps
En miettes

S'il était si simple
De berlurer l'arbitre
Je n'en serais pas là
Condamné à faire juste
Le public m'interdit
Le plus petit coup bas

Assigné à la foule
Passive et complaisante
À hurler "derrière toi!"
A une version plus sourde
Et plus musclée
De moi

Je ne crains
Ni la corde à linge
Ni la pierre tombale
Mais le heel-turn
Me guette

Mercure

J'aime les miroirs
Et ce n'est pas dommage
Car tu en mets partout

Des petits
Bizeautés
En forme de poire
Des bien tachés
Certains tout nus
D'autres dont le cadre
Est bien pêté

Depuis l'entrée
Je peux te voir dans la cuisine
Tes sourcils en grande conversation
Avec toi même
Ou ton patron
Ou une endive
Ou un poivron

J'aime les miroirs
Car tu y es belle
À ton insu

Dans la salle de bain
Deux miroirs se font face
Et c'est délicieux
Trouver l'angle mort
Attraper en premier
L'autre
Du bout des yeux

Quand on se serre fort
Même qu'on se marre
Quand ça fait mal
Je vois
Dans celui du salon
Le visage inédit
Qui se niche dans mon cou

J'aime les miroirs
Car le mercure
Adoucit tout

Roundup

Qu'importe le chiendent
Qu'importent les orties
Ça pousse
En pimpant la sécheresse
Dussé-je le faire à l'aide
De pesticides mondains

J'ai vu mes parents chênes
Et des aînés bouleaux
S'épanouir en corolles
Et pleurer comme le saule
Au prix
De quelques chimies brunes

Regagnez l'éloquence
Reconnecter l'idée
S'émouvoir pour des prunes
Nos engrais éthyliques
Mettent à l'amende
Nos prédateurs

J'ai vu mes parents chênes
Et des aînés bouleaux
S'épanouir en corolles
Passer d'Apollinaire
Au gris d'un caniveau
Le temps d'un demi verre

Oui, je suis plus calin
Oui, je crache le morceau
Oui, j'ai le plus beau vert
Tapageur et fluo
Et ma sève, et ma verve
Ont viré toxico

J'ai vu mes parents chênes
Et des aînés bouleaux
Se faire bouffer les feuilles
Faire languir leurs bourgeons
Mais de retour en terre
Et fouettés par les eaux

L’appétit

Il a des accents lointains
Synthèse peut-être
De Basque et d'Arménien
Les spots font luir
Sa peau de parchemin

Des siècles que je mange

Toujours à la même place
Et toujours les mêmes plats
Harengs pommes à l'huile
Entrecôte
Bleue mais chaude

Des siècles que je mange

Un petit verre de blanc
Pas le sec, là
Celui qui a des fleurs
En fin de bouche
Precise-t-il chaque fois

Des siècles que je mange

Les mots flêchés du jour
Sont déjà profannés
Son complet cravate
Ne lui sert plus guère
Qu'aux rendez-vous manqués

Des siècles que je mange

Et les loufiats, pour rire
Lui font répéter
L'anecdote quotidienne
Du brochet
De Sainte-Maxime

Des siècles que je mange

Et le taulier, pour rire
Radine à la table
Et rallume l'âme
Du vieux
Avec la même phrase

L'appétit vient
En mangeant

Et comment?
Répond-il derechef
Dans un éclair fugace
Dévoilant toutes ses dents

Des siècles que je mange
Et l'appétit
N'est toujours pas là

Beau fruit

Beau fruit 

Est-ce poire
Que l'on appelle beau fruit
Mais dont on dit aussi
Qu'il est faible
Souvent

Est-ce poire
Tombée de l'arbre
Trop tôt
Bouffée par les corneilles
Ou des cieux maltraitants

Est-ce poire
Par trop longtemps boudée
Délaissée pour des mets
Aux charmes
Plus évidents

Est-ce poire
Dont on fait l'économe
Concédant ça et là
Des épluchures de soi
Juste ici, au tranchant

Est-ce poire
Qui crisse sous les dents
De promesses sucrées
En avenirs
Succulents

Est-ce poire
Pour ce nouvel Eden
Que d'aucunes se lèvent
Reinfusent la sève
D'un verger pourrissant

Est-ce poire
D'une louve, d'une Rome
Et au diable les pommes
Tant d'amour
Que d'Adam

Chrysanthèmes

La forêt de thuyas
Le cimetierre de plastique
Et la maison du fond
Ont ghosté le jardin

Et bien évidemment
Pas un foutu bleuet
Ce sera chrysanthèmes
Aujourd'hui, on enterre

Tais toi, je deuille

Pas de verbe pour le deuil
Ici bas
Il n'est autorisé
De deuiller

Aux abords du lacet
Qui descend au garage
Grimé en mausolée
Charlotte, Boris, Nabil

Et aucun n'a changé
Les mêmes yeux jouvenceaux
Mêmes Eastpack sur les dos
Plus les traits qui ondulent

TAIS TOI je deuille

On fait le deuil
Comme on fait illusion
Comme on fait son sympa
Dans les soirées mondaines

Il y a ceux qu'on aime pas
Aussi
Qui se réclament à toi
Du temps de l'impudeur

Ceux là qui boivent gras
Erructent l'irrespect
Dans leurs bombers à scratch
Et leurs joggings pressions

TAIS TOI, JE DEUILLE

Avant l'âge canonique
Il y a l'âge flatulent
Exhibo-onanique
Dont le deuil s'épend

Et l'âge n'y fait rien
Le désarroi dépend.

Si certains meurent vite
D'autres naissent à pas lents.

Nevers

Elle me dit
Que ce n’est plus un problème
Qu’on vivra à Nevers
Que je ne connais pas

Visez un peu cet homme
Et sa moustache fourbe
Et son air de baudroie
Couloir numéro huit

Cet homme là qui m’évoque
Un comédien Français
Dont le nom m’échappe
Mais qui joue des salauds

Elle me dit
Que ce n’est plus un problème
Qu’on vivra à Nevers
Que la vieille est K.O

Dans la piscine, la vieille
Flotte comme un baton
Et un mince filet rouge
Lui déserte le nez

C’est le salaud des films.
Je l’ai vu la sêcher
D’un dropkick fabuleux
En slow-motion aqueux

Elle me dit
Que ce n’est plus un problème
Qu’on vivra à Nevers
Dans un joli T2

Qui rétribue l’acteur?
Si ce n’est elle, c’est moi
Et où diable étiez vous
Hier, entre deux et trois?

Je suis piètre nageur
Non-violent comme pas un
J’étais à l’heure du crime
Au Gaumont Opéra

Elle me dit
Que ce n’est plus un problème
Qu’à Nevers comme ailleurs
Il y a des cinémas

Et le flic devant moi
Qui a l’allure de l’ami
Mais du joug dans la voix
Je sens qu’il n’en croit rien

Je n’y crois pas plus
Était elle avec moi?
Était-ce du beurre fondu
Ou du chlore sur nos doigts?

Elle me dit
Que ce n’est plus un problème
Que ce n’est pas à Nevers
Qu’on nous retrouvera

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